Proposant des ateliers de chant prénatal et de chant maman bébé, à mon domicile, j’ai eu le plaisir de rencontrer Christelle à l’occasion de la naissance de son deuxième enfant; pour des séances de chant prénatal puis de chant maman bébé. Voici des extraits du témoignage écrit en mai 2013 et donné par Christelle afin de dire et partager son expérience du chant prénatal et du chant maman bébé.

« Je suis maman de deux enfants nés à la maternité des Bluets, mon fils fin décembre 2008, ma fille fin novembre 2011. Les plus beaux souvenirs de mes deux accouchements je les dois au chant prénatal. Le chant prénatal a aussi été parmi mes meilleurs moments de grossesses. Le chant a ensuite continué à bercer de beaux moments avec mes petits nouveaux nés, comme un fil qui a grandement contribué à tisser le lien entre l’avant et l’après naissance. »

Le chant prénatal pendant la grossesse

« …Pour cette première grossesse j’ai commencé à pratiquer le chant prénatal et l’haptonomie avec Chantal Verdière, qui travaillait juste à côté de chez moi. J’ai du très vite compter mes déplacements à la maternité pour les préparations, car un souci de contractions trop fréquentes et intenses faisait craindre un accouchement prématuré et m’a conduite à limiter mes sorties et passer une grande partie de mon temps allongée. J’ai pu tout de même suivre quelques séances de chant prénatal avant l’arrivée de mon fils. Et passant beaucoup de temps allongée chez moi, j’ai pratiqué le chant et l’exploration des sons seule avec mon bébé en gestation. Les beaux souvenirs musicaux qui chuchotent encore les souvenirs de cette grossesse: Très tôt j’ai massé mon ventre le matin en écoutant une petite boite à musique qui est maintenant accrochée au lit de mon fils, comme un fil entre l’avant et après… En fin de grossesse, sous la menace d’un accouchement prématuré, allongée comptant l’espace des contractions, plusieurs fois je me relaxais cajolant mon ventre en écoutant un disque de chant grave très doux, que je trouve très beau. Je fredonnais ces sons, calmant mon stress et mes contractions, en lien avec mon bébé… Je me souviens aussi d’une séance de chant prénatal où nous avons marché, berçant nos ventres pleins en chantant “nomade”, une belle chanson utilisée en chant prénatal, sur laquelle j’ai souvent bercé mes deux enfants une fois nés… C’était le sentiment magique de déjà bercer ce bébé encore un peu inconnu, pour moi qui ne savait pas ce qu’était bercer un bébé ni être mère… Mon fils devait ensuite m’apprendre largement à bercer!

…Pour mon deuxième enfant, j’ai commencé le chant prénatal à la maternité des Bluets, avec Marie-Laure Potel. « Pratiquer le chant à la maternité …C’était surtout l’opportunité de créer une autre relation avec le lieu de “l’hôpital Pierre Rouquès , les Bluets”. Le cours de chant en est pour moi un complément fort important. C’était un espace convivial, empreint de bonne humeur, un moment de partage, qui me permettait de découvrir le lieu de la maternité autrement et aussi de créer un autre regard sur cet “état” de femme enceinte. Au milieu d’autres femmes enceintes, certaines ayant déjà accouché ici ou ailleurs, d’autres non, et toutes partageant leurs expériences, leurs questions, avec une intervenante (Marie Laure Potel) ayant elle aussi mis au monde ses propres enfants. J’ai découvert aussi, et c’est une des choses qui a le plus compté pour moi, un espace pour me réapproprier ce corps transformé, habité. La grossesse se passe différemment pour chaque femme. Pour moi elle entrainait un affaiblissement conséquent de mes capacités physiques et mes deux gestations ont terminé par une importante réduction de mes activités, d’abord par les limites imposés par mon corps transformé, puis par prudence pour éviter une naissance prématurée. Ces gestations furent un tiraillement entre inquiétudes médicale et émerveillement de sensations uniques, envie de profiter de ce temps de gestation, comme un temps différent unique dans ma vie où quelque chose grandit dans mon sein qui ouvre une porte vers un autre moi-même, vers une transformation qui fait que je ne serai plus jamais la même. C’est aussi un peu un deuil, mais c’est d’abord une incroyable richesse.

Personnellement je pense qu’il est important de pouvoir profiter de ce moment particulier de la grossesse et de l’accouchement comme d’un chemin vers soi même et son bébé pour devenir mère. C’est un chemin qui passe par le corps avant tout. Ces séances de chant prénatal aux Bluets étaient un temps que je m’offrais pour moi, avec mon bébé. Un temps aussi pour me réapproprier mon corps. En dehors de toute notion médicale. Chanter, investir mon corps d’autre chose que de stress. Connaître mon corps comme résonance des sons. Et avec ses sons, dans mon propre corps aller à la rencontre de mon bébé. C’est une heureuse sensation très difficile à expliquer, un peu comme la sensation d’un bébé vers la fin de la grossesse qui bouge dans notre ventre, c’est une sensation unique. Redécouvrir mon corps, grosse de ma petite fille, aimer ce corps de mère, l’explorer, à travers le chant, les sons. Loin de l’aspect médical, d’examiner d’ausculter, de m’inquiéter… Ouf! Partager des sons avec mon bébé, puis des chansons. Un moment rien que pour ma fille et moi, aller à sa rencontre et à la mienne aussi! C’était mon deuxième, et mon fils ainé m’avait appris le bonheur, le contact, de bercer tendrement son enfant. Chanter doucement pour son petit. Pour l’apaiser, le consoler, l’endormir, ou même juste pour le plaisir de chanter ensemble. C’est unique! C’est aussi se préparer à la mise au monde, investir son accouchement et se l’approprier.

Ces moments de chant étaient une bouffée d’oxygène pour moi qui me permettaient de me sentir bien dans mon corps réapproprié et de tisser une tendre relation avec ma grossesse et ma petite fille. Ensuite j’ai réduit mes déplacements par prudence pour garder ma petite au chaud dans mon ventre suffisamment longtemps. J’ai su que Martine Colonna, qui pratiquait le chant prénatal aux Bluets le pratiquait aussi tout près de chez moi, à Nogent. C’est ainsi que j’ai suivi plusieurs séances chez Martine. C’était différent du cadre des Bluets et pour moi, complémentaire. La plupart des séances nous étions juste toutes les deux. .. Pour un deuxième enfant, je ne pouvais pas me permettre à la maison d’être aussi chouchoutée que pour le premier. Là c’était un temps plein de délicates attentions à mon égard, valorisant pour mon état de femme enceinte. Une joyeuse respiration dans mon quotidien dans cet espace où j’étais accueillie avec mon bébé en gestation pour prendre ce temps pour nous, nous faire du bien ensemble, explorer les sons, les chants. Je faisais connaissance avec ce bébé à travers le chant prénatal. Des exercices pour réveiller le corps, sentir les sons voyager dans ce gros corps, explorer les zones du bassins qui accueillent le bébé, préparer sa future traversée pour le jour de la naissance. Des chants des berceuses… Chanter déjà le bercement de mon petit bébé…Chanter le bonheur d’être enceinte… C’est extraordinaire! C’est permettre à ce bonheur de se dire, s’exprimer, donc lui donner à s’épanouir. J’aimais particulièrement une chanson écrite par une sage femme, Odile Rami: RondChanter cette chanson me permettait de mettre des mots sur cette rondeur de mon ventre, sur la relation qui se construit avec ma petite fille. Mieux que des mots, mettre un chant. Je ne sais comment expliquer cette sensation, de chanter ce qu’on ne sait pas toujours exprimer, cela m’a aidé à vivre l’amour pour cette toute petite fille pas encore là et déjà là. J’enregistrais des moments pendant les séances de chant prénatal et j’étais contente de retrouver le chant à la maison, seule avec mon bébé en moi, je pratiquais, je chantais pour elle et pour moi, pour nous, tissant notre relation. Le chant prénatal et l’accouchement. Pour mon premier accouchement, la douleur avait fini par l’emporter, et je n’avais pas réussi suffisamment à trouver à quoi me raccrocher le moment venu pour accompagner au mieux cette douleur. J’aurais pu décider tout simplement de prendre la péridurale la prochaine fois!

Mais j’avais envie de réussir à traverser les douleurs de l’accouchement tout en restant bien présente avec mon bébé dans ce moment crucial de sa naissance. Pour moi c’est aussi une opportunité de dépassement de moi-même et de découverte de capacités, de part de moi-même physiques et émotionnelle que je ne rencontrerai qu’en ces moments et qui font partie intégrante du chemin qui me fait grandir pour être mère, et aussi comme être humain.

Il est bien clair que je ne fais pas du tout l’apologie de la douleur! Ce qui m’interpelle c’est : En traversant cette douleur naturelle quelles ressources puis-je trouver qui me font sortir grandie et enrichie de cette aventure? (En plus du trésor inestimable que j’accueillerai déjà après mon accouchement: mon bébé!)

Je rêvais donc pour mon prochain accouchement de pouvoir utiliser le chant prénatal et les sons comme appui suffisement solide pour “garder mon cap” et m’accompagner jusqu’au bout. 

La naissance de ma petite fille

La veille de la naissance de mon deuxième bébé, j’ai perdu les eaux le soir. Grande émotion, je tremblais, j’avais froid… J’ai organisé la garde de mon fils aîné, fini de préparer quelques affaires, et nous sommes partis avec mon mari à la maternité environ une heure après. J’avais quelques contractions mais pas beaucoup plus que dans les jours ou semaines précédentes. Une sage femme fort gentille, douce et respectueuse nous a accueillis en salle de naissance. Après un examen elle nous a dit que j’étais juste en tout début du travail, et m’a donc laisser le choix d’aller m’installer dans une chambre en attendant que le travail s’intensifie. J’hésitais, la sage femme était sympathique, cette salle de naissance avait un accès à une baignoire et j’aurais bien aimé passer une partie de l’accouchement dans l’eau… Mais là c’était encore trop tôt, le pré-travail pouvait durer de longues heures avant que l’accouchement ne débute vraiment… Nous sommes donc monté dans une chambre de la maternité, où j’ai pu dormir, mon mari a dormi sur la chaise longue prévue pour les papas à côté. Le lendemain matin les choses n’avaient pas beaucoup avancés, je commençais un peu à craindre qu’il ne faille un petit déclenchement comme pour mon fils. Vers deux ou trois heures de l’après midi, les contractions ont commencé à s’intensifier, se rapprocher, se régulariser… On y était! J’avais apporté mon gros ballon, j’ai commencé à bouger dessus, cherchant ce qui me faisait du bien j’ai chanté les chansons prénatales avec mon mari, qui n’avait pas suivi les cours, mais m’a accompagné à ce moment. Je me souviens que nous avons chanté ensemble ma chanson prénatale préférée “rond”, plusieurs fois. « Le jardinier de la terre », aussi. Nous avons pratiqué l’haptonomie, notamment, l’enroulement, un mouvement pour inviter le bébé à descendre. J’ai aussi émis des sons tout en bougeant sur mon ballon, faisant confiance à mon instinct. Je construisais une sorte de bulle qui m’emmenait vers une partie de moi plus primitive, plus proche de mon corps , de mes sensations… La douleur des contractions était bien plus intense que pour mon premier enfant. Mais tous ces accompagnements que je mettais pleinement en pratique: le chant, les sons, l’haptonomie, le ballon, me permettaient de traverser la douleur sans angoisse, en gardant mon cap. Je devais accompagner ma fille pour sa naissance. Je savais pourquoi j’avais mal et je pouvais lâcher prise sur cette douleur. Quant à la douleur ce qui m’aidait peut-être le plus c’était de la chanter, je commençais comme un cri que je transformais en son, en chant, et ainsi j’étais pleinement présente, actrice de cette douleur. Donc je ne la subissais pas. Je la prenais en corps à corps, l’accueillant car je savais qu’elle devait aider ma petite fille à naître. La chanter m’aidait à me l’approprier, en faire mon alliée. Ces quelques heures dans la chambre furent le bon souvenir de cet accouchement, un moment de partage intense avec mon mari. Nous étions sur la même longueur d’ondes, il était là pour moi, m’accompagnant, me soutenant. Ensemble dans cette grande aventure, juste nous deux et la petite. Quand j’y repense, ce moment avec le chant, l’haptonomie était aussi empreint d’une certaine tendresse, même si j’avais mal…

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Ensuite, le vécu de l’accouchement en salle de naissance a été très difficile, à cause du relationnel avec la sage-femme complètement fermée à tous ces appuis. Compétente, mais humainement ce fut une catastrophe… dont Christelle dit avoir mis près d’un an à se remettre…

Le chant maman-bébé

Ce qui a été formidable après la naissance de ma fille Estelle, c’était le chant maman-bébé. Je suis retournée chez Martine, avec ma fille toute petite, non plus dans mon ventre, mais dans mes bras, au même endroit parfumé de moments heureux de sa gestation, retrouvant Martine qui avait été un appui important pour moi. Nous avons retrouvé les mêmes chansons, et aussi de nouvelles. Le lien avec Estelle a pu se construire, là dans la continuité de ces bons moments où nous étions si serrées, elle et moi, toutes proches comme seuls peuvent l’être une maman et son petit. Moment de grande émotion: La première fois qu’Estelle est retournée chez Martine après sa naissance; Martine m’a demandé de choisir une chanson pour la chanter ensemble à Estelle en cadeau de bienvenue, j’ai choisi “Rond”, ma chanson prénatale préférée. Nous l’avons chanté ensemble, je regardais ma petite, je regardais Martine, et là c’était “Wahou”! Un moment très émouvant. Cette chanson m’avait accompagnée les derniers mois de ma grossesse, je l’avais chantée à mon bébé inconnu en la sentant vivre dans mon ventre; Puis quelques heures avant sa naissance je la chantais, avec mon mari, en accompagnant les contractions qui s’intensifiaient, en attendant la venue de la petite dans le moment heureux de mon accouchement… Et là je la chantais de nouveau, au même endroit où j’avais pratiqué le chant prénatal en retrouvant Martine…. Cette fois en regardant ma petite Estelle dans mes bras. Le lien se recréait avec ma petite.

Après cet accouchement traumatisant qui nous avait éloignées, j’appréciais ce lien avec mon bébé. Peut-être je la retrouvais, avec l’histoire mouvementé de sa gestation et mise au monde, jusqu’à ce jour où elle était là, dans mes bras, avec moi sa maman. Elle même avec tout ce qu’elle est et que j’ai eu, j’ai et j’aurais encore la joie de découvrir. Ce petit bébé dont je devais très bientôt apprendre à aimer les sourires, le rire, puis la malice, les babillements, son chant à elle… Ainsi c’est encore dans le prolongement du chant prénatal que j’ai pu réparer les ratés humains de mon accouchement, pour retisser l’attachement à mon bébé. J’y ai puisé des moments de partage réconfortants et constructifs. J’y ai trouvé un espace où regarder mon bébé avec fièrté, avec tendresse aussi. C’est aussi avec le chant qu’avec le recul je peux me souvenir de moments heureux de mon accouchement. Aujourd’hui quatre ans et demi après mon premier accouchement, et dix-huit mois après le second, le chant est encore très présent dans la relation avec mes enfants. Pour calmer, consoler, bercer, rire, jouer, patienter… être ensemble!

Témoignage de Christelle sur le chant prénatal pendant la grossesse, le chant prénatal et l’accouchement et le chant maman-bébé après la naissance. Ecrit en mai 2013.